À Pamiers, dans l’Ariège, Aubert & Duval a commencé la réception de sa nouvelle presse de 6 000 tonnes : une étape de contrôle qui doit durer jusqu’à la fin de l’année, avant six mois environ de qualification industrielle puis une montée en production progressive. Le calendrier, détaillé le 2 novembre par le directeur du site, montre bien la mécanique qui sépare la livraison d’une machine de sa première pièce vendue.
Plan de l'article
Où en est le chantier de Pamiers ? #
Interrogé par La Dépêche du Midi, Christophe Arnal, nouveau directeur du site ariégeois, assure que le projet « tient le calendrier fixé ». Les travaux ont exigé la déconstruction d’un ancien atelier, la reconstruction complète d’un bâtiment et l’intégration de bureaux dédiés.
La machine elle-même est désormais en phase de réception. Il s’agit de vérifier que le cahier des charges du fournisseur est respecté avant de lancer les premiers essais de production. Le quotidien régional rappelle que cette presse, d’un coût de 75 millions d’euros, a été acquise en 2024.
Pourquoi le budget dépasse largement le prix de la machine #
Lors de l’annonce du projet, en février 2024, le PDG du groupe, Bruno Durand, avait détaillé la répartition auprès de La Tribune : la presse elle-même représente une vingtaine de millions d’euros, le reste allant à l’agrandissement du bâtiment et surtout aux fours nécessaires pour accueillir un outil de six mètres de hauteur.
C’est une constante des grands équipements de forge : la machine n’est qu’une partie de la ligne. Les fours de réchauffage, les moyens de manutention, les fondations et le génie civil pèsent souvent autant, voire davantage, que l’outil de déformation. Un projet de ce type se pilote donc comme un chantier de bâtiment autant que comme un achat d’équipement.
Réception, qualification, montée en cadence : trois étapes distinctes #
La réception, côté fournisseur
La réception consiste à vérifier que la presse fait ce que le contrat prévoit : efforts, vitesses, précision, sécurités, interfaces de pilotage. Tant qu’elle n’est pas prononcée, la responsabilité reste partagée avec le constructeur. À Pamiers, cette phase doit courir jusqu’à la fin de l’année.
À lire Velux agrandit son usine de Feuquières-en-Vimeu pour les 50 ans du site
La qualification, côté client
Vient ensuite la qualification industrielle. Christophe Arnal la décrit simplement : produire des pièces-tests, puis les disséquer pour vérifier qu’elles répondent « à 100 % » aux exigences des clients. Le site prévoit environ six mois pour cette étape.
Dans l’aéronautique, ce passage est incontournable. Une pièce forgée de structure ou de moteur ne se juge pas seulement à ses cotes : sa structure interne, ses propriétés mécaniques et la répétabilité du procédé doivent être démontrées. Découper des pièces d’essai pour en examiner le cœur fait partie de cette preuve.
La montée en production
Une fois la qualification obtenue, la production démarre progressivement. Ce rythme volontairement lent permet d’ajuster les paramètres de forge, de stabiliser les temps de cycle et de former les équipes avant de pousser la cadence.
Ce que la nouvelle presse doit changer #
Le directeur du site met en avant le pilotage en continu de la production, bien plus moderne que sur l’équipement actuel, et des outils associés plus performants. Selon lui, l’ensemble doit permettre une « montée en cadence significative ».
À lire Combustibles issus des déchets dans les fours à ciment : la qualité reste le verrou
La hauteur de la machine ouvre aussi de nouveaux formats. En 2024, Bruno Durand expliquait qu’elle permettrait de se positionner sur les pièces de grande dimension destinées à l’aéronautique : pièces de structure, arbres et disques moteur. Christophe Arnal parle aujourd’hui de nouveaux marchés et de nouvelles catégories de pièces, avec l’aéronautique toujours au cœur de la cible, mais sur des segments où l’entreprise n’était pas encore présente.
Un site central pour le groupe #
Le site de Pamiers employait un millier de salariés au moment de l’annonce. La nouvelle presse y remplace un équipement historique, et non une capacité ajoutée à côté : la bascule devra donc être organisée pour ne pas interrompre les livraisons pendant la transition.
Pour les industriels qui préparent eux aussi le remplacement d’un équipement lourd, le cas de Pamiers rappelle un ordre de grandeur utile. Entre la fin de la réception et une production à pleine cadence, il faut compter plusieurs mois de qualification. Un planning qui s’arrête à la date de livraison de la machine sous-estime presque toujours le délai réel.
Questions fréquentes #
Quand la presse produira-t-elle ses premières pièces vendues ?
La réception court jusqu’à fin 2026, puis vient une qualification d’environ six mois. Les premières pièces de série ne sont donc pas attendues avant le courant de 2027, avec une montée en cadence progressive.
À lire À Séméac, HSM transforme l’ancienne usine Alstom en atelier de maisons bois
Combien coûte le projet ?
75 millions d’euros au total, dont une vingtaine de millions pour la presse elle-même selon le PDG du groupe en 2024. Le reste couvre le bâtiment et les fours.
Quelles pièces seront forgées ?
Des pièces aéronautiques de grande dimension, comme des pièces de structure, des arbres et des disques moteur, ainsi que de nouvelles catégories de pièces encore non précisées.




