À Feuquières-en-Vimeu, dans la Somme, l’usine de fenêtres de toit Velux souffle ses cinquante bougies avec un nouvel outil de production plutôt qu’avec un simple discours. Le site, exploité par VKR France, vient d’ajouter un bâtiment d’environ 5 000 m² consacré à la transformation de l’aluminium et au stockage. L’occasion de regarder comment une usine historique fait évoluer son organisation industrielle sans changer de lieu.
Plan de l'article
Un site fondé en 1976, le premier hors du Danemark #
Selon Batiweb, l’usine de Feuquières-en-Vimeu a été fondée le 1er octobre 1976. C’était le premier site de production que le groupe Velux construisait en dehors du Danemark, son pays d’origine. Trois autres usines ont ensuite vu le jour en France, ce qui porte à quatre le nombre de sites de fabrication du groupe dans l’Hexagone.
Le changement d’échelle est net. À sa création, le site comptait 6 000 m² de bâtiments. Il s’étend aujourd’hui sur 27 hectares, avec 60 000 m² de surfaces couvertes, et emploie 400 personnes. La Gazette Picardie, qui a couvert l’anniversaire et l’inauguration le 29 octobre, rappelle aussi que la France est devenue le deuxième marché de Velux, derrière l’Allemagne.
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Quatre métiers sur un même site #
Ce qui rend Feuquières intéressant du point de vue des processus, c’est la concentration des métiers. Le site réunit la menuiserie bois, la production de doubles vitrages, la transformation de l’aluminium et la logistique nationale des fenêtres de toit. Autrement dit, une bonne partie de la chaîne de valeur d’une fenêtre de toit se joue au même endroit : le cadre, le vitrage, les pièces métalliques de raccordement, puis l’expédition.
Cette intégration a un intérêt évident pour la maîtrise des flux. Quand les composants sont fabriqués à quelques centaines de mètres de l’assemblage, les délais de transfert se réduisent, les stocks tampons peuvent être mieux dimensionnés et les problèmes de qualité remontent plus vite à leur source. C’est la logique que l’on retrouve dans toute démarche de cartographie de la chaîne de valeur : rapprocher physiquement les étapes qui dépendent les unes des autres.
Le bâtiment P11, dédié à l’aluminium et au stockage
Le nouveau bâtiment porte le nom de P11. D’après Batiweb, il accueille la fabrication des raccordements en aluminium ainsi que des zones de stockage. Les raccordements sont les pièces qui assurent l’étanchéité entre la fenêtre et la couverture du toit. Leur production est donc directement liée au rythme des commandes de fenêtres, et disposer d’un espace dédié permet de séparer ce flux métal des ateliers bois et vitrage.
Associer production et stockage dans le même bâtiment n’est pas anodin. Cela évite de multiplier les manutentions entre un atelier et un entrepôt éloigné, une source classique de gaspillage dans les ateliers, celle que le diagramme spaghetti fait apparaître dès qu’on trace les déplacements réels d’un produit ou d’un opérateur.
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Un bâtiment pensé pour consommer moins #
Le P11 intègre plusieurs choix énergétiques. Batiweb indique que sa toiture porte 300 kWc de panneaux photovoltaïques, qui doivent couvrir environ 30 % des besoins en électricité du département aluminium. Les surfaces vitrées représentent 15 % de la surface du bâtiment, pour faire entrer la lumière du jour, ce qui est cohérent pour un fabricant de fenêtres de toit.
Le bâtiment mise aussi sur la ventilation naturelle de nuit et sur le rafraîchissement passif plutôt que sur la climatisation. Côté chantier, l’entreprise affirme avoir utilisé des matériaux de construction entièrement recyclés, et le béton concassé comme les terres excavées ont été réemployés sur place. Ces choix limitent les transports de matériaux et les déchets du chantier lui-même.
Ce que cela dit de l’industrie en zone rurale
Le Vimeu est un territoire de tradition industrielle ancienne, longtemps tourné vers la serrurerie et la métallurgie. Voir un site y investir dans un bâtiment neuf plutôt que de délocaliser une partie de sa production montre que l’ancrage territorial reste un choix possible pour des produits volumineux, dont le transport sur de longues distances coûte cher.
Renaud Grasset, président de l’usine VKR France, cité par Batiweb, résume l’ambition : « L’usine de Feuquières-en-Vimeu illustre ce que l’industrie française peut porter de plus ambitieux ». Sandrine Maguin, présidente de Velux France, insiste quant à elle sur le poids historique du site : « La France occupe depuis 50 ans une place stratégique dans l’histoire du groupe Velux. »
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Un groupe international, une usine de référence #
Pour situer l’enjeu, Batiweb rappelle que le groupe Velux a des activités de production et de vente dans 37 pays et emploie 11 300 personnes dans le monde. Son chiffre d’affaires 2025 s’élève à 2,97 milliards d’euros. VKR Holding, la société qui détient le groupe, a déclaré 4,11 milliards d’euros de chiffre d’affaires sur la même année.
Dans un groupe de cette taille, une usine qui atteint cinquante ans de production et continue de s’agrandir sert souvent de site de référence. Les méthodes qui y sont testées, qu’il s’agisse d’organisation des flux, d’autoconsommation d’énergie ou de réemploi des matériaux de chantier, ont vocation à être reprises ailleurs.
Les enseignements pour les industriels #
L’agrandissement de Feuquières-en-Vimeu illustre une approche que beaucoup d’usines anciennes peuvent reprendre. Plutôt que de reconstruire ailleurs, on ajoute un bâtiment ciblé sur un flux précis, ici l’aluminium, en profitant de l’extension pour revoir l’implantation des stocks et la consommation d’énergie. C’est une démarche progressive, qui s’appuie sur un site existant, des compétences locales et une logistique déjà rodée.
Pour les responsables méthodes, la question à se poser est simple : quels flux de mon usine gagneraient à disposer de leur propre espace, au plus près de leur client interne ? À Feuquières, la réponse a pris la forme d’un bâtiment de 5 000 m², inauguré pour les cinquante ans du site.
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